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Histoire du meuble : style Empire

Créé le 13/04/2012 par Agnès COLDEFY, CODIFAB - dernière mise à jour le 13/04/2012
Le style Empire est de courte durée. II recouvre exactement la période de règne de Napoléon ler (1804-1814). Les caractéristiques de ce style sont
a) La copie la plus stricte de l'art antique : ainsi les lois les plus élémentaires du confort sont sacrifiées à l'Imitation trop absolue d'un art étranger.
b) L'uniformité voulue par Napoléon lui-même qui veut créer un art homogène, cohérent, représentatif, de son pouvoir impérial, a limité les créations.
c) Une tendance à des structures monumentales en accord avec la puissance politique du souverain.

Matériaux et techniques

L'acajou est le seul bois employé couramment. II est employé en massif ou en placage. Toutes sortes d'acajous différents sont utilisées : acajou clair ou acajou foncé, mais surtout des acajous présentant un veinage intéressant : moiré, ronceux, flammé, pommelé, zoné.

Les meubles les plus modestes, qui ne peuvent utiliser l'acajou dont le prix de revient est élevé puisqu'il est importé, remplacent l'acajou par un bois foncé, tel que la racine d'If ou le Tuya.

Les bronzes jouent un rôle primordial. Les formes sévères, les larges panneaux unis appellent un décor. Le décor est presque uniquement confié à des bronzes d'applique finement ciselées qui requièrent le talent d'artistes spécialisés.

Structure et décors

La structure rectiligne est absolue. De vastes surfaces planes se coupent à angles droits. Meubles et sièges présentent des arêtes vives que rien ne dissimule. Aucune mouluration ne vient adoucir l'aspect de "bloc» uniforme que présentent bon nombre de meubles Empire.

La symétrie voulue, calculée, absolue, de la structure ou du décor, donne au mobilier napoléonien un caractère souvent artificiel, impersonnel, C'est au bronze qu'on demande d'égayer, de personnaliser les monotones surfaces planes d'acajou. Sur un même meuble, les thèmes les plus différents sont utilisés, par exemple : une ceinture de meuble est garnie de palmettes, d'étoiles, couronnes, abeilles, chiffres semés au hasard. Une rigueur plus grande dans l'exécution des motifs décoratifs empruntés à l'Antiquité appauvrit le formulaire décoratif :

a) Figures géométriques : Cercles, carrés, ovales, losanges, hexagones, octogones;
b) Flore : Laurier(1), olivier, chêne, palmier, nénuphar, lierre. Tous ces plans sont raidis par une stylisation trop poussée;
c) Animaux réels : cygnes(2) (dans les armes de Joséphine), Aigle héraldique(3) symbole de la puissance impériale. Lion, bélier, chevaux ailés;
d) Animaux chimériques : sphinx(4), dragon;
e) Figures humaines : divinités nues ou drapées à l'antique représentant par exemple une victoire qui porte des palmes ou des couronnes(5), ou une victoire ailée sur un char triomphal, des danseuses grecques aux écharpes flottantes, etc.
f) Motifs antiques : corne d'abondance(6), amphore, coupe plate, caducée(7), trident, foudre, thyrse(8);
g) Attribut guerrier : couronne de chêne, d'olivier ou de laurier, glaive, épée, bouclier, casque, carquois;
h) Instruments de musique antiques : cistre(9), tuba, crotale. La lyre utilisée sous Louis XVI figure encore largement à l'époque Empire.
i) Monogrammes couronnés des souverains, abeilles(10) et étoiles, symboles de l'Empire, complètent cette liste déjà très longue des motifs le plus souvent traités en bronze d'applique

Types de meubles

L'Empire n'emploie pas toutes les Ingénieuses créations du XVIIIème siècle. N'ayant pas pour but de s'adapter aux besoins d'une vie agréable et intime, l'Empire abandonne toute une série de meubles qui faisaient le charme de l'époque précédente.

1 / Les sièges

Le fauteuil (11) a de vastes proportions. II n'est pas destiné à être mobile, pour faciliter la conversation familière. II reçoit une place fixe le long du mur. Le dossier est de plan droit rectangulaire, surmonté quelquefois d'un fronton il peut aussi être enroulé. Il est toujours rembourré.

Le siège du fauteuil est carré, les accotoirs munis de manchettes sont soutenus par des montants d'une grande variété. Dans la majorité des cas le support continue le pied intérieur, sans marquer d'arrêt à la ceinture : caryatides, lions monopodes, cygnes, angles, chimères, dragons. Si la console d'accotoirs s'arrête à la ceinture, les piétements sont à section carrée, cylindrique ou cannelée en faisceaux tournés.
La chaise a la même caractéristique.
Le fauteuil gondole, créé sous le Directoire, est très vivement apprécié dans les intérieurs modestes. Le tabouret est utilisé, de même que sous Louis XIV, en raison des questions de préséances. II est en forme d'x entretoisés, recouvert d'étoffe.

Le canapé présente exactement la même structure que le fauteuil. Le siège est élargi pour permettre à deux ou trois personnes de s'asseoir côte à côte.
La chaise longue présente deux types :
a) Chaise longue à deux dossiers légèrement renforcés et souvent enroulés;
b) Chaise longue dite «Méridienne (12)». Les deux dossiers de hauteur inégale sont réunis par le dossier du fond.
Les lits sont destinés à être placés dans une alcôve et à n'être vus que d'un seul côté, si bien qu'une seule de leur face reçoit un décor.
a) Lit à montants droits. Comme sous Louis XVI, mais de fines colonettes sont remplacées par de lourds pilastres ornés de bronzes d'appliques.
b) Lit en gondole (13), appelé aussi «lit-bateau». est une création des plus intéressantes de l'Empire. Deux dossiers de même hauteur, renforcés et enroulés, sont réunis par une traverse incurvée qui prolonge la courbe des deux dossiers. Les bronzes d'appliques ornent fréquemment les larges montants

2 / Les meubles

Tables

La table typique de l'Empire est un lourd guéridon monopode(14). Une pièce, disque de bois, peut être utilisée comme plateau, mais dans la plupart des cas, le bois est remplacé par le marbre, le porphyre, la malachite, la mosaique, le verre, la porcelaine.
Le piétement de ces grandes tables rondes a donné lieu à des créations multiples et variées :

- Un unique pied central - colonne ou balustre - repose sur un socle assez bas, en forme de triangle curviligne.

- Des animaux chimériques, groupés par trois, soutiennent le plateau de leur tète, de leurs pieds, de leurs ailes (griffons, cygnes, lions). Ces animaux hybrides sont le plus souvent d'une lourdeur inimaginable.
Table à ouvrage, Tricoteuse, Table à coiffer, Table à thé, Jardinière subsistent de l'époque Louis XVI. Ce sont des meubles ingénieux et charmants dont la structure est semblable à celle de l'époque précédente et qui, dans la majorité des cas, ont banni, de leur piétement et de leur ornementation, les monstres gréco-romains. Ils adaptent naturellement les motifs décoratifs de l'époque impériale.

Le lavabo (15) est une création de l'Empire. En réalité, c'est l'Athénienne de l'époque Louis XVI, qui n'est plus utilisée qu'à une seule fin : trois pieds en métal soutiennent une vasque et une aiguière, c'est-àdire, une cuvette et un pot d'eau.

Le somno est une table de chevet cylindrique, création de l'Empire; en acajou massif, sans moulure ni vantail apparent, ce meuble est de facture monolithique et lourde. II est seulement égayé par des bronzes d'applique.

La psyché (16), création de l'époque Impériale. A côté de la table à coiffer qui se réduit à une table rectangulaire à piétement en X ou en lyre, l'Empire crée un miroir indépendant, de grandes dimensions : un lourd socle, comportant souvent un tiroir, supporte deux montants entre lesquels est fixé un miroir mobile, de grande dimension, rond rectangulaire et le plus souvent ovale. Les montants sont constitués par des colonnes ou des pilastres et ils sont surmontés par des ornements en bronze; à mi-hauteur, ils portent un bras de lumière.

Les consoles d'applique (17) font partie du décor fastueux des pièces d'apparat. Un plateau rectangulaire, soit en marbre, soit en porphyre, soit en malachite, soit en mosaïque, est soutenu par quatre montants de section carrée, ornés de bronze d'applique, ou par quatre cariatides.

Beaucoup de consoles possèdent un panneau de fond recouvert d'un miroir.

Commodes

a) Deux types de l'époque Louis XVI subsistent :

- la commode sur pieds bas à trois tiroirs (18). Le placage uniforme a une telle vogue qu'on évite les anneaux de tirage et que les entrées des serrures sont rarement soulignées par un motif de bronze. Elles sont une simple fente pratiquée dans le bois et aussi peu visible que possible. Certains tiroirs n'ont pas de poignée, on les tire par la clef. Si la poignée de bronze subsiste comme moyen de tirage, elle a volontiers la forme d'une patère : petite coupe plate qui à distance donne l'impression de bronze d'applique.

- La commode à deux vantaux dissimulant les tiroirs ou les étagères(19). Dans ce dernier cas on l'appelle plus volontiers bas d'armoire ou commode à l'ang1aise. Les vantaux en acajou massif ou plaqués n'ont ni poignée, ni serrure en bronze, seul un décor en bronze d'applique (ex : renommée sur un char peut égayer l'austérité de ces surfaces.

Bureaux

a) Le bureau plat ne se différencie de celui de l'époque précédente que par l'ampleur des proportions et l'utilisation, dans les piétements, d'éléments gréco-romains(20).

b) Le bureau ministre. Le plateau repose sur deux séries de tiroirs descendant jusqu'au sol et placés de part et d'autre de la personne assise. Au centre, la partie évidée prend la forme d'une voûte et donne à ce meuble un aspect d'arc de triomphe,

c) Le bureau cylindre est plus lourd que celui de l'époque Louis XVI. Le cylindre est fréquemment surmonté d'une rangée de tiroirs ou d'une série de tablettes formant bibliothèque.

d) Le secrétaire à abattant est de structure semblable à celui de l'époque précédente, mais les montants sont constitués soit par des colonnes, soit par des cariatides, soit par des sphinx en gaine terminés à leur partie inférieure par des pieds ou des griffes.

e) Le Bonheur du jour (21) perd de son charme car il devient un meuble aux vastes proportions. La partie supérieure présente deux vantaux ornés de figures de bronze. La partie inférieure est une sorte de console rectangulaire au socle, dont la partie adossée au mur est munie d'un miroir.

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